Désir Jox occupe une place singulière dans l’histoire politique de Sainte-Marie, à une époque où les communes sucrières martiniquaises sont le théâtre d’affrontements violents entre les intérêts économiques des usines et les aspirations des classes populaires. Marchand boucher de profession, républicain convaincu, il incarne une forme de politique de proximité, ancrée dans le quotidien des ouvriers agricoles et des artisans.
Origines et vie familiale
Désir Jox naît le 24 octobre 1851 à Sainte-Marie, fils d’Adrien Jox et de Virginie Lambert Joyaux. Installé au bourg de Sainte-Marie, il exerce le métier de marchand boucher, activité qui le place au contact quotidien de la population et des réalités sociales de la commune.
Le 25 juin 1918, il épouse Rose Antoinette Enose, ce qui l’inscrit dans une vie familiale stable, au cœur d’une commune en pleine mutation. Son profil de commerçant local lui donne une légitimité particulière auprès des classes populaires, dont il se fait le défenseur dans les débats politiques.
Un héritier politique d’Eugène Agricole
Désir Jox appartient au courant républicain qui domine alors une partie de la vie politique martiniquaise, dans la lignée de Victor Schœlcher, Ernest Deproge et Eugène Agricole. Il défend l’assimilation de la Martinique à la France, l’égalité des droits entre Martiniquais et citoyens français, l’école publique et laïque, le suffrage universel, la liberté de la presse et l’émancipation des classes populaires.
Il est particulièrement soutenu par Amédée Knight, sénateur, De Percin et Anacharsis Agricole, figures importantes du paysage politique martiniquais de l’époque. Cette filiation idéologique donne à son engagement une profondeur historique, entre héritage abolitionniste et combat pour l’égalité réelle des citoyens.
Maire de Sainte-Marie (1901-1903)
À la mort du maire Eugène Agricole en 1901, Désir Jox, alors deuxième adjoint, est appelé à lui succéder. Il devient maire de Sainte-Marie d’août 1901 à août 1903, dans un contexte marqué par une lutte politique intense contre les représentants de l’usine sucrière et des intérêts békés.
À cette période, l’usine est dirigée par la famille Huyghues-Despointes, notamment par Roger Huyghues-Despointes, qui dirige l’établissement entre 1900 et 1912. Le mandat de Désir Jox se joue donc dans un rapport de force direct avec le pouvoir économique local.
L’affrontement avec Léon de Lahoussaye
La campagne électorale de 1901 oppose directement Désir Jox à Léon de Lahoussaye, sous-directeur de l’usine. Cette confrontation reflète les tensions entre les partisans des ouvriers et des petits propriétaires, d’un côté, et les représentants du pouvoir économique de l’usine, de l’autre.
Le lundi 15 juillet 1901, des incidents éclatent entre les deux camps, signe de la violence politique qui caractérise alors les communes sucrières martiniquaises. Lors des élections municipales du 28 juillet 1901, les résultats sont les suivants :
| Élément | Détail |
|---|---|
| Inscrits | 2 134 |
| Votants | 1 308 |
| Liste Désir Jox | 805 voix |
| Liste Léon de Lahoussaye | environ 500 voix |
| Résultat | Victoire de la liste Désir Jox |
Des représailles contre les ouvriers
À la suite de cette victoire électorale, plusieurs ouvriers agricoles auraient subi des sanctions professionnelles pour avoir soutenu les candidats opposés au parti de l’usine. Cette situation illustre les fortes pressions économiques et politiques qui caractérisent alors la vie municipale dans les communes sucrières martiniquaises.
L’annulation des élections
Comme cela se produit fréquemment à cette époque, les élections de Sainte-Marie font l’objet de contestations. Le 3 avril 1903, le Conseil d’État annule les opérations électorales du 28 juillet 1901.
De nouvelles élections sont organisées le 16 août 1903, et la liste conduite par Anacharsis Agricole obtient alors la majorité. Désir Jox figure en deuxième position sur cette liste et demeure une personnalité influente de la vie municipale.
Aux côtés de Joseph Lagrosillière
Après cette période, Désir Jox poursuit son engagement politique aux côtés de Joseph Lagrosillière, l’une des figures majeures du socialisme martiniquais. Il devient premier adjoint de Lagrosillière, puis assure momentanément certaines responsabilités municipales lorsque celui-ci disparaît.
Cette collaboration avec Lagrosillière montre l’évolution de son engagement, du républicanisme schœlchériste vers un socialisme plus structuré, dans une Martinique qui se cherche politiquement au début du XXe siècle.
L’accueil des réfugiés de la Montagne Pelée
L’un des épisodes les plus marquants de son action publique intervient à la suite de l’éruption de la Montagne Pelée en 1902. Avec l’aide de l’administration coloniale, il participe à l’installation de nombreux sinistrés venus de Saint-Pierre, du Morne-Rouge, de l’Ajoupa-Bouillon, du Lorrain et de Basse-Pointe.
Ces déplacements de population contribuent à la formation de nouveaux secteurs d’habitation à Sainte-Marie, notamment Bon Air, Trou Mangouste et Rue Mulâtre. Cette action humanitaire donne à son mandat une dimension sociale forte, au-delà des seuls enjeux politiques.
Distinction et reconnaissance
Pour son engagement au service de la population et de la commune, Désir Jox reçoit la Légion d’honneur le 26 juillet 1935. Cette distinction récompense son parcours politique et son action en faveur de Sainte-Marie.
Un hommage durable
Aujourd’hui, son nom demeure associé à l’histoire de la commune. Le Boulevard Désir Jox, situé sur le front de mer de Sainte-Marie, perpétue sa mémoire et rappelle son rôle dans la vie politique locale.
Décès
Désir Jox s’éteint le 3 mars 1940 à l’âge de 88 ans. Il laisse l’image d’un élu proche du peuple, défenseur des idéaux républicains et acteur important de la vie politique samaritaine durant la première moitié du XXe siècle.

💬 Laissez un commentaire
🛑 Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Se connecterPas encore de compte ? Créez-en un ici
Commentaires récents
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir !