Martinique A nu

Pierre Just Marny

Une cavale, des émeutes, une détention record qui ont marqué la Martinique

Pierre Just Marny, la Panthère noire, affaire criminelle 1965, Martinique
la panthère noire
Naissance 06 août 1943 Fort-de-France
Décès 07 août 2011 Ducos
Âge au décès 68 ans
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Pierre Just Marny, dit « la Panthère noire », né 1943 et décédé le 7 août 2011 en détention à 67 ans, est une figure tragique et controversée de la Martinique des années 1960, dont l’affaire a marqué l’imaginaire collectif par une cavale médiatisée, des émeutes populaires et un parcours carcéral exceptionnellement long. Condamné en 1963 pour vol de pièces automobiles, il commet en septembre 1965 une vengeance meurtrière (trois morts dont un bébé de 2 ans, plusieurs blessés graves), déclenchant une chasse à l’homme sur toute l’île, une arrestation sous haute tension, une évasion spectaculaire, puis un transfert dans l'Hexagone et une condamnation à perpétuité en 1969.

Identifié en 2011 comme le détenu ayant effectué la plus longue détention en France (environ 48 ans), son nom reste associé aux tensions sociales, aux rumeurs de délation et aux révoltes urbaines de Fort-de-France et Schœlcher dans une société martiniquaise en mutation.


Parcours et formation

Pierre Just Marny grandit en Martinique, dans un contexte de précarité et de marginalité sociale qui structure la vie de nombreux jeunes des quartiers populaires de Fort-de-France, Schœlcher et Lamentin. En 1963, à 20 ans, il est arrêté par la police pour vol de pièces automobiles ; refusant de dénoncer ses complices, il assume seul les faits et est condamné à quatre ans de prison, dont deux avec sursis.

Après avoir purgé deux ans de détention, il obtient une permission en 1965, période durant laquelle il tente de réclamer sa part du butin à ses anciens complices, essuyant un refus qui nourrit son sentiment d’humiliation et de trahison.


Engagements, fonctions et actions majeures

Le 2 septembre 1965, Marny, furieux, s’arme d’un fusil et tue trois personnes, dont un bébé de 2 ans, victime collatérale, fils de l’un de ses complices présumés, faisant également plusieurs blessés graves. Considéré comme l’ennemi public numéro 1, il est recherché par toutes les forces de l’ordre ; durant 6 jours, une chasse à l’homme est engagée sur toute l’île, des témoins affirmant l’avoir aperçu dans différentes communes.

Arrêté le 8 septembre 1965 sur la route de Redoute à Fort-de-France, il remet une lettre ouverte aux journalistes, signée « la Panthère noire », surnom qu’il s’attribue du fait de son agilité et de son physique impressionnant. Incarcéré à la prison de Fort-de-France, il s’évade le 10 octobre 1965, déclenchant une nouvelle traque de 11 jours.

Le 20 octobre 1965, signalé devant une épicerie de Sainte-Thérèse, il refuse l’ordre de se coucher, est atteint de trois balles (abdomen et poumons), puis évacué vers l’hôpital. Son interpellation provoque un soulèvement populaire : l’épicerie est incendiée (rumeurs de délation), et pendant trois jours, des jeunes affrontent les forces de l’ordre, faisant un mort et une quarantaine de blessés.


Rayonnement et reconnaissance

L’affaire Marny fait la Une du quotidien France-Antilles, créant une frénésie médiatique sans précédent en Martinique Une foule compacte se masse aux abords du commissariat pour voir le fugitif, tandis que l’opinion d’une partie de la population bascule entre peur et fascination, certains le considérant comme un « héros du peuple ».

Transféré discrètement en France par avion militaire le 24 novembre 1965, il est jugé hors de la Martinique pour éviter de nouvelles émeutes. Le 27 septembre 1969, il est condamné aux assises de la Seine à la réclusion criminelle à perpétuité, sans assister à son procès (officiellement pour des raisons de sécurité), et placé en quartiers de haute sécurité et en isolement 23 heures par jour.


Héritage et mémoire

Pierre Just Marny passe 43 années de détention, avec de multiples demandes de libération conditionnelle, avant d’obtenir son transfert au centre pénitentiaire de Ducos en Martinique le 28 mai 2008. Le 7 août 2011, au lendemain de son 67e anniversaire, il est retrouvé pendu dans sa cellule, mettant fin à une détention record estimée à 48 ans, succédant à Lucien Léger (41 ans) comme détenu ayant effectué la plus longue peine en France.

Son nom reste gravé dans la mémoire collective martiniquaise comme symbole des tensions sociales, des rumeurs de délation, des révoltes urbaines et du traitement carcéral des « ennemis publics » dans une société antillaise marquée par les inégalités et la violence structurelle.


Dernier hommage

Pierre Just Marny décède en détention le 7 août 2011, suscitant des réactions contrastées : pour certains, il incarne une figure tragique de la marginalité et de la résistance populaire ; pour d’autres, il reste l’auteur d’un drame meurtrier incluant la mort d’un enfant. Les archives de la presse de 1965 (France-Antilles, L’Information, Justice) et les travaux comme Pierre Just Marny jusqu’au bout du silence (Marlène Hospice, 2012) documentent cette affaire comme un moment clé de l’histoire sociale et judiciaire de la Martinique.

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