Dulténor Casérus, surnommé « Koki », est l'une des grandes figures du danmyé, de la kalennda et du bèlè de Sainte-Marie.
Né en 1908 au quartier Bezaudin, il appartient à cette génération de porteurs de tradition qui ont contribué à préserver et transmettre les arts populaires martiniquais durant tout le XXᵉ siècle.
Ouvrier agricole et cultivateur de profession, Koki est surtout resté dans la mémoire collective comme un combattant redoutable de ladja-danmyé, un danseur d'exception et un formateur influent dont l'héritage continue de vivre à travers ses enfants et les nombreux pratiquants qu'il a inspirés.
Une famille au cœur du bèlè samaritain
Dulténor Casérus est le frère cadet de Victoire Casérus, plus connue sous le nom de Man Saint-Ange Persani, figure légendaire du bèlè martiniquais.
Il est également le père de deux personnalités majeures du patrimoine culturel martiniquais :
- Félix Casérus, maître du bèlè, danseur et tanbouyé,
- Théonor Casérus, danmyétè reconnu,
- Ainsi qu'une fille qui participe également à cet héritage familial.
Cette lignée compte parmi les familles les plus importantes de la tradition bèlè de Sainte-Marie.
Un redoutable combattant de danmyé
Dans le monde du combat traditionnel martiniquais, Koki bénéficie d'une réputation exceptionnelle.
Plusieurs anciens le décrivent comme :
« le seigneur de Bezaudin »
Il évolue à l'époque des grands tanbouyé tels que :
- Jean Annette,
- Féfé Marolany...
Son style de combat impressionne ses contemporains par son efficacité, sa mobilité et sa technique.
Selon plusieurs témoignages, il possédait un coup de pied particulièrement redouté :
« I té ni an kout pié i ka ba'w, sété an kou lanmò »
Son fils Félix Casérus souligne également l'esthétique de son combat :
« I té ka dansé danmyé-a, sé adan dansé-a i té ka pran fos-li ».
Chez Koki, la puissance du combat était intimement liée à l'élégance du mouvement et à la maîtrise du rythme.
Danseur de bèlè et maître de kalennda
Au-delà du danmyé, Dulténor Casérus est reconnu comme un danseur hors pair.
Dans les swaré bèlè de Sainte-Marie, sa manière de danser est régulièrement citée comme un modèle :
« Lè misié Koki té ka ba'w pa-a, sété an plézi ».
Il excelle également dans la kalennda, danse qui occupe une place importante dans la tradition samaritaine.
Selon Félix Casérus :
« I pasé majò kalennda an tan'y ».
Ces qualités lui permettent d'acquérir une réputation qui dépasse largement les limites de son quartier natal.
Le groupe Lévé Yo Ka
Durant les années 1960, Koki participe aux activités du légendaire groupe :
Lévé Yo Ka
Cette formation rassemble plusieurs des plus grands porteurs de tradition du Nord-Atlantique et contribue à maintenir vivantes les pratiques du bèlè, du danmyé et de la kalennda à une période où ces traditions restent souvent marginalisées.
Au sein de Lévé Yo Ka, Dulténor Casérus côtoie plusieurs figures historiques du bèlè samaritain et participe à la diffusion du patrimoine culturel martiniquais dans de nombreuses communes.
Création des Foulards Jaunes
Au début des années 1970, après le départ de Ti Émile Casérus vers Fort-de-France, Dulténor Casérus fonde avec sa sœur :
Man Saint-Ange Persani
le groupe :
Les Foulards jaunes
Cette formation devient rapidement l'un des groupes les plus actifs du mouvement bèlè martiniquais.
Les Foulards jaunes sillonnent la Martinique et participent à des :
- Swaré bèlè ;
- Manifestations culturelles ;
- Rencontres patrimoniales ;
- Actions de transmission auprès des jeunes générations.
Koki y joue un rôle essentiel comme danseur, formateur et gardien de la tradition.
Transmission et héritage
Tout au long de sa vie, Dulténor Casérus contribue à former de nombreux pratiquants du bèlè et du danmyé.
À travers son exemple, ses enfants, ses proches et ses élèves héritent :
- de la pratique du tambour ;
- de la danse traditionnelle ;
- du combat danmyé ;
- des valeurs de respect et de transmission propres à la culture martiniquaise.
Son influence demeure particulièrement visible dans le parcours de Félix Casérus, devenu l'un des principaux Maîtres du Bèlè contemporains.
Décès
En 1985, alors qu'il assiste à une séance de combats de coqs au pit de Morne Capot, au Lorrain, Dulténor Casérus est victime d'un malaise.
Il décède le Mardi gras de l'année 1985, laissant derrière lui le souvenir d'un homme profondément attaché à la culture des mornes et aux traditions populaires martiniquaises.

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