Ciméline Rangon, surnommée « Man Ciméline » ou « La Simé », (1924-2008) est l'une des grandes figures du bèlè martiniquais au XXᵉ siècle. Née en janvier 1924 au quartier Reculée à Sainte-Marie, elle est reconnue comme chanteuse, danseuse et gardienne des traditions populaires du Nord-Atlantique martiniquais.
Fille d'Yvette et d'Henri Vilcoq, elle grandit dans un environnement profondément marqué par le bèlè. Sa mère dirige un kay bèlè, lieu traditionnel de pratique et de transmission des musiques, danses et chants populaires. Malgré certaines réticences familiales, elle débute la danse bèlè dès l'âge de 13 ans avec le soutien de plusieurs anciennes du milieu traditionnel et ne cessera plus jamais de pratiquer.
Mariée à Joseph Rangon à l'âge de 22 ans, elle partage sa vie avec lui durant plusieurs décennies. Ils ont un fils, Théophane Rangon, lui-même danseur de bèlè.
Comme de nombreuses femmes de sa génération, Ciméline Rangon exerce des métiers particulièrement exigeants. Elle travaille dès l'âge de 14 ans dans les ti bann, puis comme ouvrière agricole dans les champs de canne et les jardins vivriers avant de gagner sa vie en effectuant des lessives.
Sa vie est intimement liée à l'histoire du danmyé-kalennda-bèlè. Prenant la relève de sa mère, elle anime à son tour deux kay bèlè à Sainte-Marie. Le second, construit avec l'aide de Ti Émile Casérus, reste actif jusqu'en 1963, à une époque où le bèlè faisait encore l'objet de nombreux préjugés sociaux et culturels.
Au fil des années, elle côtoie et accompagne plusieurs figures majeures du patrimoine martiniquais, parmi lesquelles :
- Ti Émile Casérus,
- Stéphane Sebarec,
- Clémence Boniface,
- Ivan Labéjof,
- Espélisane Sainte-Rose...
C'est auprès de Stéphane Sebarec qu'elle commence à chanter. Elle devient par la suite l'une des rares femmes reconnues comme chanteuse de bèlè dans une pratique longtemps dominée par les hommes. Son talent et sa maîtrise de la langue créole lui valent une grande estime dans le monde culturel martiniquais.
Sa voix est conservée à travers plusieurs enregistrements, notamment :
- Folklore de campagne recueilli par Anca Bertrand,
- Chants de Bel-Air produit par l'AGEM,
- Le Bélia des Alliés du groupe Belalians,
- Les enregistrements réalisés à Bezaudin par Franck Hubert en 1961.
En 1972, elle participe comme chanteuse à la représentation de Une tempête d'Aimé Césaire lors du Festival de Fort-de-France. Elle apparaît également dans le ballet-théâtre Au pays de Titin' Gloria présenté en 1996 par la compagnie Trass La de Sonia Marc.
Jusqu'à la fin de sa vie, elle demeure présente dans les swaré bèlè, les manifestations culturelles et le mouvement de sauvegarde du patrimoine martiniquais. Reconnue pour son franc-parler, sa connaissance du créole et son attachement aux traditions populaires, elle reste l'une des grandes références du bèlè en Martinique.

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