Martinique A nu

René Maran

Une plume martiniquaise pionnière qui a dévoilé les ombres du monde colonial

René Maran

Écrivain, administrateur colonial, romancier, poète, essayiste

Naissance 05 mai 1887
Décès 05 mars 1960 à 72 ans
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René Maran est un écrivain né en Martinique le 5 novembre 1887 à Fort-de-France et mort le 9 mai 1960 à Paris

Considéré comme le premier écrivain noir lauréat du prix Goncourt, il reçoit en 1921 cette distinction pour son roman « Batouala, véritable roman nègre », œuvre qui dénonce les abus du système colonial et marque une étape majeure dans l’histoire littéraire francophone et caribéenne. 

Né de parents afro-guyanais, administrateur colonial puis écrivain et journaliste, il occupe une place importante dans la mémoire littéraire de la Caraïbe et de la diaspora noire.​

Parcours et formation

René Maran naît le 5 novembre 1887 à Fort-de-France, sur un bateau reliant la Guyane à la Martinique, de parents guyanais employés dans l’administration coloniale. 

À l’âge de 7 ans, il est envoyé en internat à Bordeaux, où il effectue ses études primaires et secondaires, loin de ses parents restés en Afrique équatoriale, ce qui nourrit un sentiment d’« orphelin intermittent » qu’il évoquera plus tard.​

Il suit ensuite des études de droit, toujours à Bordeaux, tout en commençant à écrire très tôt : sa carrière littéraire débute en 1909 avec la publication d’un premier recueil de poèmes

Pétri de culture classique et grand lecteur, il s’initie à l’écriture dans un contexte où la présence d’un auteur noir dans la littérature française demeure exceptionnelle.​

Engagements, fonctions et actions majeures

En 1909, René Maran entre dans l’administration coloniale et devient administrateur d’outre-mer en Afrique équatoriale française, notamment au Gabon, au Tchad (Fort-Archambault) et en Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine). 

C’est dans ces territoires coloniaux qu’il observe de près la réalité de la colonisation, les violences et les abus, expérience qui inspire directement une grande partie de son œuvre.​

Son roman le plus célèbre, « Batouala, véritable roman nègre », publié en 1921, décrit la vie d’un village africain et d’un chef de tribu d’Oubangui-Chari, du point de vue africain. La préface du livre, où il dénonce avec véhémence les abus de l’administration coloniale française, provoque un scandale et le fait considérer par certains comme un « nègre antifrançais » et un traître à la patrie, ce qui contribue à sa démission forcée de l’administration en 1924.​

Après sa démission, Maran s’installe à Paris pour « vivre de sa plume ». Il poursuit une carrière d’écrivain, de journaliste littéraire et de chroniqueur radio, publiant romans, recueils de poèmes, nouvelles et essais, parmi lesquels « Le petit roi de chimérie » (1924), « Le cœur serré » (1931), « Peines de cœur » (1944) et « Un homme pareil aux autres » (1947), roman intime qui aborde l’amour et les barrières raciales à travers le personnage d’un administrateur colonial noir.​

Rayonnement et reconnaissance

René Maran devient, le 14 décembre 1921, le premier écrivain noir à obtenir le prix Goncourt pour « Batouala, véritable roman nègre », ce qui lui confère une notoriété exceptionnelle dans la France de l’entre-deux-guerres. Cette distinction, obtenue bien avant l’émergence de la Négritude, en fait un précurseur dans la représentation des personnages noirs et des sociétés africaines dans la littérature française.​

Il reçoit aussi plusieurs distinctions littéraires au cours de sa carrière, parmi lesquelles le prix Broquette-Gonin de littérature, le prix d’Aumale et un prix d’Académie de l’Académie française, récompensant la qualité de sa langue et la richesse de son œuvre. 

Son travail est salué par certains intellectuels pour sa critique du racisme et des structures coloniales, même si sa position d’administrateur colonial tout en étant critique du système le place dans une situation complexe et parfois mal comprise.​

Héritage et mémoire

L’œuvre de René Maran, composée de plus de vingt livres publiés entre 1912 et 1958, occupe une place importante dans l’histoire des littératures de la Caraïbe et des diasporas noires

Son écriture explore les rapports entre Noirs et Blancs, les violences coloniales, le racisme institutionnel et les dilemmes identitaires d’un écrivain noir évoluant dans la culture française, ouvrant la voie à des auteurs comme Césaire, Senghor ou Damas, même s’il n’adhère pas lui-même au mouvement de la Négritude.​

Son roman « Un homme pareil aux autres », réédité récemment, est aujourd’hui relu comme un texte fondamental sur les amours mixtes, la honte intériorisée, le regard raciste de la société et la quête d’égalité, faisant écho aux débats contemporains sur la créolité, la mémoire coloniale et les identités afro-descendantes. Les travaux récents, comme l’édition critique « René Maran : la matière de France », contribuent à mieux reconnaître la place de cet écrivain martiniquais d’origine guyanaise dans le patrimoine littéraire français et caribéen.​

Dernier hommage

René Maran meurt le 9 mai 1960 à Paris, où il avait vécu une grande partie de sa vie adulte. Il repose au cimetière du Père-Lachaise, lieu emblématique où sont enterrées de nombreuses figures de la culture française, ce qui symbolise aussi sa reconnaissance dans l’espace littéraire national.​

Sa mémoire connaît un regain d’intérêt à l’occasion du centenaire du prix Goncourt de Batouala en 2021, avec des expositions, dossiers et rééditions (notamment par la BnF et divers éditeurs) qui réinscrivent son nom dans la mémoire collective et dans le patrimoine littéraire de la Martinique, de la Guyane et de la Caraïbe.

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