Martinique A nu

Père Labat

Religieux et acteur de la plantation esclavagiste en Martinique

Jean-Baptiste Labat, père Labat, religieux dominicain et planteur en Martinique
An kréyol pèrlaba

Missionnaire dominicain, botaniste, explorateur

Catégorie Personnalités
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Jean-Baptiste Labat, plus connu sous le nom de père Labat, est un religieux dominicain français devenu missionnaire, administrateur et planteur aux Antilles françaises, notamment en Martinique, où il joue un rôle majeur dans l’implantation et la modernisation de l’économie sucrière esclavagiste à la fin du XVIIᵉ siècle. Figure ambivalente de l’histoire coloniale et de la société antillaise, il incarne à la fois l’expansion missionnaire catholique, la mise en valeur économique des îles et la violence structurelle du système de plantation fondé sur l’esclavage africain

Son récit de voyage, le Nouveau Voyage aux Isles Françoises de l’Amérique, demeure une source majeure sur l’histoire des Antilles et de la Caraïbe, tout en portant la marque d’un regard colonial et esclavagiste.​

Parcours et formation

Jean-Baptiste Labat naît en 1663 à Paris au sein d’une famille française de l’Ancien Régime, dans un contexte de monarchie absolue et d’expansion coloniale vers les Antilles. Il entre dans l’ordre des dominicains, se forme à la théologie et à la vie religieuse, puis se destine à la mission extérieure, dans la continuité de l’effort d’évangélisation catholique dans les colonies.​

En 1693, il obtient l’autorisation de ses supérieurs pour partir comme missionnaire aux Antilles françaises. Il débarque en Martinique le 29 janvier 1694 et rejoint la paroisse de Macouba, au nord de l’île, où il développe la mission dominicaine, construit des bâtiments religieux et met en place des infrastructures pour la vie paroissiale dans une société déjà structurée par la plantation et le Code noir.​

Engagements, fonctions et actions majeures

Installé en Martinique, le père Labat exerce des fonctions multiples : missionnaire, architecte, technicien, gestionnaire et homme de terrain au service de son ordre et de la colonie. Il est rapidement élu supérieur de la mission et nommé vice-préfet de la Martinique, ce qui lui confère une responsabilité importante dans l’organisation de la présence dominicaine et dans la structuration religieuse de la colonie.​

Entre 1694 et le début du XVIIIᵉ siècle, il fonde et développe plusieurs paroisses et exploitations : il est à l’origine de la sucrerie de Fonds-Saint-Jacques à Sainte-Marie, et contribue à la fondation ou à l’essor des paroisses du Robert et du François (alors nommés cul-de-sac Robert et cul-de-sac François). 

Propriétaire d’une habitation de près de soixante hectares, il gère un domaine employant environ 120 esclaves africains, modernise les techniques sucrières (notamment par l’introduction d’innovations comme les moulins à vent) et participe ainsi à la consolidation de l’économie de plantation aux Antilles françaises.​

Rayonnement et reconnaissance

Le père Labat sillonne largement la Caraïbe : il se rend en Guadeloupe, en Dominique, à Saint-Domingue ou encore à la Grenade, ce qui fait de lui un observateur et acteur central de l’espace colonial antillais de son temps. Nommé procureur syndic des îles d’Amérique pour les dominicains, il coordonne les intérêts de son ordre dans l’ensemble des Antilles, renforçant son poids institutionnel et son rayonnement régional.​

Son œuvre écrite, en particulier le Nouveau Voyage aux Isles Françoises de l’Amérique, lui confère une reconnaissance durable en Europe et dans le monde savant. Ce texte, à la fois récit de voyage, description des paysages, des sociétés coloniales, des pratiques économiques et religieuses, est devenu une source majeure pour l’histoire de la Martinique, de la Guadeloupe et plus largement de la Caraïbe, tout en reflétant le point de vue d’un religieux-planteur persuadé de la légitimité du système esclavagiste.​

Héritage et mémoire

L’héritage du père Labat en Martinique et dans les Antilles est profondément ambivalent. D’un côté, il est associé à la modernisation de la production sucrière, à l’introduction ou à l’essor de techniques (moulins, raffinage) et à la structuration de paroisses encore marquantes dans le paysage religieux et patrimonial de la société martiniquaise.​

De l’autre, la mémoire contemporaine souligne son rôle actif dans le système esclavagiste, sa capacité à justifier théologiquement l’esclavage africain et à concilier, dans son propre parcours, spiritualité chrétienne et exploitation violente des captifs. Dans les débats actuels sur la créolité, la mémoire collective et le patrimoine immatériel caribéen, la figure du père Labat apparaît comme celle d’un « bâtisseur de colonie » dont les écrits permettent de documenter la réalité des plantations, mais aussi comme un symbole des contradictions morales de l’ordre colonial en Martinique et dans la Caraïbe.​

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